Pour débuter l’année 2025, Maïa Mazaurette, chroniqueuse à « La Matinale », propose un Dry January du sexe, en particulier pour les couples qui vivent ensemble.

Nouvelle année, nouvelles restrictions ! Alors que certains entament leur mois sans alcool ou leur mois sans pizza, je vous propose un mois sans sexe – plus original… et probablement plus plaisant que vous ne l’imaginez. Alors, on enfile la ceinture de chasteté avec dix arguments à faire valoir.

MAÏA MAZAURETTE

1) Ça va bien se passer

Selon les premiers résultats de l’enquête « Contexte des sexualités en France » (cuvée 2024, avec l’Inserm aux manettes), 76 % des femmes et 55 % des hommes qui n’ont pas de rapports sexuels… sont heureux comme ça. Cette satisfaction n’a rien à voir avec un quelconque renoncement : elle est d’ailleurs valable chez les jeunes comme chez les vieux – preuve que non, la sexualité n’est pas un besoin fondamental. Même son de cloche du côté de l’IFOP : 61 % des Françaises déclarent pouvoir « probablement » se passer de rapports sexuels (décembre 2024).

2) Quitte à faire le Dry January…

Peut-être faites-vous partie de cette curieuse catégorie de population qui, à chaque début d’année, ressent le besoin d’arrêter les Dirty Martini, les paris-brest ou les grasses matinées (population dont on me permettra de résumer ainsi la logique : « pour me consoler d’avoir moins d’années à vivre, je vais aussi moins en profiter »). Quitte à massacrer méthodiquement tous ses plaisirs, pourquoi faire une exception pour la sexualité ?

3) Augmentez votre pro-duc-ti-vi-té !

Vous connaissez le dicton : rien ne se perd, tout se transforme. En l’occurrence, votre temps, votre énergie et votre libido seraient quand même mieux utilisés au service de la start-up nation qu’au service de vulgaires petites galipettes du samedi soir. Imaginez le temps gagné pour vos projets de 2025 ! Avec une durée moyenne de cinq minutes quarante secondes par pénétration (The Journal of Sex Medicine, 2005), multipliée par six rapports mensuels en moyenne chez les couples français (selon l’Inserm), vous êtes à deux doigts de vous offrir, chaque mois… une solide demi-heure de liberté, et c’est sans compter les préliminaires. A ce rythme, dans deux millénaires, vous parlez couramment mandarin. Tài bàngle, bùshì ma ?

4) Le sexe conjugal, c’est trop de pression

Les sexperts et les sexpertes ont expliqué et réexpliqué en quoi l’injonction au sexe est dommageable, les féministes ont publié des manifestes, les sexothérapeutes ont thérapeuté, Mona Chollet a même consacré son best-seller annuel à la culpabilité qui nous pourrit l’existence… mais rien n’y fait : la pression qui pèse sur le rapport sexuel n’est toujours pas déconstruite. Le devoir conjugal, même s’il finit rarement devant les tribunaux, flotte dans notre jurisprudence (remercions en vrac saint Paul et Napoléon). Et puis il y a cette maudite norme : deux rapports sexuels hebdomadaires, sous peine que l’amour s’évapore, que le conjoint tombe en poussière, que les chats se retournent contre l’humanité et qu’Elon Musk envahisse le Groenland. Quoi qu’on en dise, l’idée qu’un couple se « doit » des rapports sexuels reste puissante – une idée par ailleurs totalement décorrélée de la question du désir. Il faut coucher. Avec ou sans envie. C’est absurde. Tout le monde le sait. On arrête ?

5) Le couple cohabitant, c’est antisexe

Regardons la réalité en face : le foyer conjugal constitue (idéalement) un refuge, un espace de sécurité et de non-jugement, débarrassé de l’obligation de paraître – un lieu, par conséquent, dédié aux joggings mous, aux cheveux en vrac et aux culottes approximatives, dans un contexte de poils collés aux parois de la douche et de feutres des marmots abandonnés sous le traversin. Pour les femmes, qui bénéficient d’une meilleure éducation à l’hygiène et au maintien des apparences, ça passe encore (de toute manière, la femelle humaine finit toujours rattrapée par son surmoi). Mais pour les hommes, le foyer ressemble à l’iceberg sur lequel le Titanic de la séduction risque gravement de faire naufrage (rappelez-vous : même Leonardo DiCaprio finit en nourriture pour mérous). Surtout quand la cohabitation est ancienne. S’il fallait compter sur le désir, il n’y aurait aucune sexualité conjugale… et c’est sans doute la raison pour laquelle on a inventé les injonctions.

6) Le sexe entre conjoints, c’est absurde

A une époque où nous nous lassons de nos séries en un week-end et de nos vêtements en une saison, où nous changeons de style de cuisine à chaque repas (mafé, bo bun, tête de veau ?), par quel miracle pourrions-nous désirer le même corps pendant des dizaines d’années (et si vous y arrivez, pourriez-vous passer à la maison transformer mon eau en vin) ? Comment avoir envie des mêmes gestes et du même goût dans la bouche ? Si vous ne lisez pas le même livre en boucle, alors il n’y a aucune raison que vous désiriez sincèrement coucher avec la même personne indéfiniment. Si quelqu’un exige de votre part une telle prouesse, alors cette demande est déraisonnable.

7) La sexualité conjugale, c’est immoral

Selon l’enquête « Contexte des sexualités en France » de l’Inserm, 92 % des couples français ont des rapports sexuels. Ces interactions sont-elles désirées ? Par les deux partenaires ? Est-ce qu’une des deux personnes s’est contentée de céder, pour acheter la paix du ménage ? En cas de désaccord sur la fréquence sexuelle, il semble admis qu’il faille céder « de temps en temps »… et personnellement, ça me semble immoral. Se forcer, c’est faire violence à son désir et parfois faire violence à son corps. A l’inverse, se retenir n’est pas une violence. Il suffit de se masturber (ou de coucher ailleurs) pour relâcher sa tension sexuelle.

8) Le devoir conjugal est statistiquement sexiste

Alors même que les femmes se lassent plus vite de la sexualité conjugale, alors même qu’elles en retirent moins d’orgasmes, la charge sexuelle continue de reposer sur elles (contraception, séduction, organisation de la prétendue spontanéité des rapports, etc.). Ajoutez à cela la sacro-sainte pénétration, qui porte le rapport sexuel à l’intérieur du corps féminin, et vous obtenez la recette d’une injustice flagrante : la personne la moins motivée est aussi la personne la plus intimement concernée par l’acte hétérosexuel.

9) Il existe des alternatives

Arrêter le sexe (ou du moins, le faire hiberner pendant le mois de janvier) permet d’investir autrement les plaisirs de la chair. Pourquoi ne pas renouveler ses pratiques masturbatoires ou ses mots-clés pornographiques préférés (selon les statistiques 2024 de la plateforme porno Pornhub, les Français regardent toujours le même type de vidéos) ? Et puis, au lieu d’embêter votre pauvre conjoint qui n’a rien demandé, pourquoi ne pas dégoter de nouveaux partenaires, à qui vous apporteriez de la nouveauté, peut-être même de l’exotisme ? Un amant à chaque Nouvel An : ça pourrait faire un bon slogan.

10) Une pause peut se révéler bénéfique

En pratiquant la trêve de janvier, sans doute aurez-vous l’occasion de vous manquer un peu, de casser certains automatismes, et de redécouvrir différemment votre vie conjugale – en cuisinant ou en chantant ensemble, en se faisant des câlins qui ne soient pas forcément empreints d’intentions plus licencieuses. Vous pourriez y prendre goût. Vous pourriez découvrir qu’en fait, aucun d’entre vous n’a envie de continuer à maintenir intact le devoir conjugal. S’il semble que les carottes soient cuites, nul besoin de sortir l’habit de deuil. Vous rejoindrez tout simplement le camp des couples qui ne font plus l’amour du tout… ce qui représente, quand même, 8 % des unions. Ces Français-là sont nombreux, ils se déclarent heureux. Ça se tente, non ?

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Maïa Mazaurette